Chirurgie ratée, médecin absent : ma descente aux enfers dans le système de santé québécois

Un post que j'aurais jamais voulu écrire

Je ne sais pas si vous vous rappelez, mais il y a exactement 30 jours, j'écrivais ici un texte rempli de gratitude. J'étais touchée par la qualité des soins que j'avais reçus au Royal Victoria, émue par l'écoute du personnel, puis soulagée, enfin, d'avoir trouvé une solution à un problème qui me pesait depuis longtemps : un prolapsus de la vessie et de l'utérus.

Mais il y a 10 jours, tout a basculé.

Mon corps m'a envoyé un message clair

Ça a commencé environ deux semaines après la chirurgie. Une espèce de malaise, pas juste un petit feeling… quelque chose de profond qui disait : « Il y a quelque chose qui ne marche pas. »

Mais j'avais tout fait comme il faut. J'ai suivi les consignes du chirurgien à la lettre, j'ai pris ça relax, je n'ai rien fait de travers. Crime, je passais mes journées couchée!

Alors j'ai essayé de contacter mon chirurgien.

Silence radio

Premier message : aucune réponse.

Deuxième essai, cette fois par courriel direct. Encore rien.

J'appelle. On me dit qu'il est en salle d'opération toute la semaine. Qu'on ne peut rien me dire. Qu'il faut attendre.

Attendre… pendant que je sens mon utérus redescendre. Il était littéralement à la sortie de mon corps!

Retour à la case départ

Là, je me suis rappelé la ligne d'urgence de la clinique de gynécologie du Royal Vic, celle qu'on m'avait donnée à ma sortie de chirurgie. Je les ai appelés.

Et pour vrai… ils m'ont rappelée rapidement. Pour me dire deux choses :

Ce n'est pas normal que je n'aie eu aucun suivi du chirurgien.

Ce que je vivais là, ce n'est pas supposé arriver. Et je devais me présenter à l'urgence. Maintenant.

Fait que je me suis retrouvée aux urgences

À 10h30 du matin, mon amie précieuse est venue me porter aux urgences du Royal Vic.

Cette recommandation venait directement du bureau de gynécologie du Royal Vic à qui j'avais expliqué mes symptômes le matin même, puisque je n'avais pas réussi à parler à mon chirurgien et que je n'avais eu aucun soutien de l'équipe de son cabinet.

Épuisée. Inquiète. Assise à l'urgence du Royal Vic, à attendre parce que personne n'avait fait de suivi post-opératoire. Mon corps criait, et moi, je ne comprenais plus rien.

Je ne pouvais pas m'étendre pour soulager mes douleurs. J'avais mal partout. Mais surtout… je me sentais laissée à moi-même.

Je suis retournée au triage trois fois. Depuis 4h du matin, j'étais « la prochaine » sur la liste. Mais d'autres noms étaient appelés, encore et encore. Des ambulances sont arrivées avant moi. On m'a dit qu'il y avait eu un arrêt cardiaque, je comprends, mais en fait, je ne comprenais toujours rien.

À 7h du matin, le lendemain, on m'a appelée. J'ai attendu 22h30 pour être vue par un médecin. 🤯 Honnêtement, quand j'entendais des histoires comme ça, je ne pensais pas que c'était possible.

Le parcours du combattant continue

L'urgentologue a été sympathique, elle a tout de suite appelé le spécialiste, dans mon cas, le gynécologue. J'ai eu le droit de me reposer dans une salle en attendant.

Vers 11h, un jeune interne en gynécologie et une étudiante en médecine sont venus me voir. Je suis capable de vous faire un suivi serré des heures, parce que comme je suis seule à Longueuil, ma famille voulait que je les tienne au courant des développements par message, j'ai donc chaque événement raconté dans mon fil Messenger.

Il m'a examinée. Il a constaté qu'il semblait y avoir un problème avec ma vessie, mais quand je lui ai demandé son expertise sur mon utérus, la raison principale de ma visite, il m'a dit qu'il n'était pas habilité à se prononcer puisqu'il n'avait pas encore appris cela dans sa formation. Il allait donc demander au gynécologue de garde de venir me voir.

C'est ça que je voulais : voir un gynécologue-chirurgien pour qu'il me dise si tout allait bien avec ma chirurgie, parce que moi je sentais dans mon corps et au toucher que rien n'allait plus!

Une heure plus tard, il revient pour me dire que finalement, c'est mon chirurgien qui viendra me voir. Vous savez, celui que j'ai essayé de rejoindre avant de venir à l'urgence et qui ne pouvait pas me donner de rendez-vous en urgence! Il était en chirurgie présentement dans un autre hôpital et se présenterait après.

On m'a gentiment demandé de retourner dans la salle d'attente en attendant la venue de mon chirurgien. À ce moment-là, ça faisait près de 30 heures que j'étais à l'urgence. Je n'avais pas le droit d'attendre sur une civière, même si je venais de subir une chirurgie il y a à peine deux semaines et que j'étais en douleur et exténuée. Je n'avais aucune idée de quand le chirurgien allait se présenter.

Je n'étais pas là par choix. L'équipe de gynécologie de l'hôpital m'avait dit que je devais me faire examiner, que mes symptômes n'étaient pas normaux après mon type de chirurgie. Je devais attendre et on me traitait sans aucune considération. Personne n'a pensé à me donner un rendez-vous d'urgence avec un gynécologue; on me faisait attendre comme un numéro dans une salle d'attente bondée, comme si cette situation aidait ma condition.

De retour dans la salle d'attente, j'ai constaté que tous les patients qui étaient là en même temps que moi avaient quitté. C'était comme si j'étais revenue à la case départ.

Mon amie, ma chevalière

La même amie qui était venue me porter est venue me porter renfort. J'étais exténuée, dans tous les sens du terme. À 13h45, elle est arrivée, vers 14h14, ils m'ont appelée.

Finalement, ils voulaient me donner mon congé avec seulement des antibiotiques pour la vessie, sans même que je sois examinée par un gynécologue compétent!

Mon amie la chevalière a dû prendre le relais. J'étais aux urgences pour un problème très inquiétant suite à une chirurgie de l'utérus et la seule personne que j'avais vue, était un interne qui m'avait dit qu'il n'était pas en mesure d'évaluer ma situation. Comment je pouvais sortir de là rassurée que tout allait bien?!?

Elle a demandé à l'urgentologue, d'une manière très claire, quels étaient nos recours. Aucune réponse. Quand elle a mentionné que notre seul recours était finalement de parler à La Presse, l'urgentologue a finalement accepté de recontacter l'équipe de gynécologie. J'étais abasourdie!

Cinq minutes plus tard, je n'avais pas le « vrai » gynécologue, mais la cheffe des résidents en gynécologie. Point bonus pour le Royal Vic : elle ne parlait pas français. Elle devait trimballer avec elle une étudiante qui allait traduire. Au moins, elle était empathique, mais est-ce que c'était juste parce qu'elle avait peur que j'écrive à La Presse? Je ne le saurai jamais.

Elle était tout à fait d'accord que le suivi post-opératoire devrait être la responsabilité de mon médecin et non de l'urgence. Elle m'a fait un vrai examen cette fois, on a vraiment pu comprendre ce qui se passait avec moi. Elle a réussi à m'avoir un rendez-vous de suivi avec mon chirurgien pour la semaine suivante. Le même chirurgien qui n'avait pas voulu me donner de rdv d'urgence.

Le dernier coup de grâce

Le jour du rendez-vous avec mon chirurgien, 15 minutes avant de partir (mon chirurgien est à Montréal), j'ai un appel de son bureau. « Madame, j'espère que vous n'êtes pas partie. Le Docteur a dû quitter. Je vais devoir remettre votre rendez-vous à la semaine prochaine. »

Alors me voilà, 30 jours plus tard de mon opération, avec le col de l'utérus qui est sur le bord de me sortir du vagin (peut-être que c'est trop cru pour vous, mais c'est ça ma condition). Avant la chirurgie, c'était vraiment moins pire que ça.

C'est une condition que plein de femmes vivent et dont personne ne parle.


Cette histoire n'est pas juste la mienne. Elle révèle des failles systémiques dans notre système de santé qui touchent particulièrement les femmes et leurs problèmes de santé reproductive. Quand on nous dit d'attendre 22h30 aux urgences pour un problème post-chirurgical, quand on nous renvoie chez nous sans examen approprié, quand il faut menacer d'appeler les médias pour avoir des soins… il y a un problème.



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